Fucking Hell – Jack et Dino Chapman – 2008

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   Introduction

fh1    Traduisible par, je cite, « putain de merde », « putain de bordel de merde », « nom de Dieu », Fucking Hell est une version 2.0 de Hell, détruite dans un incendie en 2004. L’œuvre est composée de neuf plateaux de deux mètres sur deux mètres, disposés de sorte qu’ils forment la svatzika. Sur chacun d’entre eux sont aménagés des paysages apocalyptiques. Chacun a son décor propre : ruines gothiques, temple antique, plage, montagnes, camps de concentration et même un McDonald’s. Les personnages, morts-vivants en fibre de verre peuplant ces plateaux subissent ou font subir les pires scènes d’horreur : démembrements ou surmembrements, tortures, crucifixion, cannibalisme… le regard du spectateur va dans tous les sens tant ça grouille. Certains ont même des têtes de cochon. On dirait une scène gore d’une mauvaise parodie des Voyages de Gulliver, ou une version morbide du célèbre jeu Warhammer, ces visions ruinant au passage nos souvenirs d’enfance.

   On reconnaîtra parmi les zombies quelques figures très connues, tels que le clown de Mac Donald’s, beaucoup moins sympathique vu sous cet angle, ainsi qu’Hitler et ses (nombreux) comparses SS. Le spectateur est convié à jouer à « où est Adolf ? », de la même manière qu’il chercherait le célèbre Charlie. Après avoir parcouru du regard ce gigantesque massacre (pourtant miniature), il trouvera le Führer peignant une scène bucolique manière cubiste. Trait d’humour de la part des frères Chapman : Hitler considérait ce courant artistique comme « dégénéré ». A voir ses SS blonds, musclés et mutants, la notion de dégénérescence que le dictateur prescrivait au nom de la suprématie de la race aryenne prend à présent une tournure effrayante.

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La morale et la société d’aujourd’hui

  Que cherche à dénoncer le cynisme de cette œuvre ? Tournons nous d’abord vers l’aspect des édifices et des décors. Les références artistiques, historiques et religieuses sont littéralement tournées au ridicule. A commencer bien sûr par le nazisme et la Shoah, mais également les décors d’églises en ruines… La peinture religieuse représentant les scènes de crucifixion n’y échappent pas non plus. Les références à la Bible sont mises en scène comme dans un film d’horreur : une horde de squelettes et autres morts-vivants envahissent le mont Golgotha et suivent ainsi le Christ sur le Chemin de Croix. Sans oublier cette messe zombie, étrange et inquiétante.

   Les frères Chapman font-ils une « mise en ruine » des racines de notre civilisation ? Les temples antiques grecs et romains, construits par ceux qui ont posé les bases de ce qu’est aujourd’hui la civilisation occidentale, ne sont plus que des restes du passé sur lesquels le sang coule et les têtes s’arrachent. Les grands préceptes de la religion judéo-chrétienne, qui ont également modelé notre éthique et notre morale, n’échappent pas à cette destruction. On ne peut s’empêcher au Jardin des Délices de Jérôme Bosch. Encore une mauvaise parodie. On dirait que les artistes se sont comportés en sales gosses et ont saccagé un musée (ce qu’ils ont fait en 2003 en défigurant quatre-vingt gravures de Goya), réduisant à néant toutes nos racines et nos valeurs. Mais l’art des enfants terribles en a t-il, en fin de compte ?

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La morale et la société d’aujourd’hui

   Que cherche à dénoncer le cynisme de cette œuvre ? Tournons nous d’abord vers l’aspect des édifices et des décors. Les références artistiques, historiques et religieuses sont littéralement tournées au ridicule. A commencer bien sûr par le nazisme et la Shoah, mais également les décors d’églises en ruines… La peinture religieuse représentant les scènes de crucifixion n’y échappent pas non plus. Les références à la Bible sont mises en scène comme dans un film d’horreur : une horde de squelettes et autres morts-vivants envahissent le mont Golgotha et suivent ainsi le Christ sur le Chemin de Croix. Sans oublier cette messe zombie, étrange et inquiétante.

   Les frères Chapman font-ils une « mise en ruine » des racines de notre civilisation ? Les temples antiques grecs et romains, construits par ceux qui ont posé les bases de ce qu’est aujourd’hui la civilisation occidentale, ne sont plus que des restes du passé sur lesquels le sang coule et les têtes s’arrachent. Les grands préceptes de la religion judéo-chrétienne, qui ont également modelé notre éthique et notre morale, n’échappent pas à cette destruction. On ne peut s’empêcher au Jardin des Délices de Jérôme Bosch. Encore une mauvaise parodie. On dirait que les artistes se sont comportés en sales gosses et ont saccagé un musée (ce qu’ils ont fait en 2003 en défigurant quatre-vingt gravures de Goya), réduisant à néant toutes nos racines et nos valeurs. Mais l’art des enfants terribles en a t-il, en fin de compte ?

L-enfer-des-soldats-de-plomb-par-les-freres-Chapman_portrait_w858   Les frères Chapman mettent en scène le beau avec le laid et le plus mauvais goût qui soit, un exemple avec ce Radeau de la Méduse, chef d’œuvre de Géricault, revisité en radeau de morts-vivants. Ce que l’Homme a fait de plus admirable, le travail qu’il a fait sur la justesse et la beauté d’une œuvre (le tableau), est souillé par ce qu’il a fait de plus laid (le nazisme). L’image d’Hitler peignant n’est pas innocente : aussi étrange que cela puisse paraître, le Führer avait voulu être peintre. S’agirait-il d’un pied de nez contre les détracteurs de l’Art Contemporain, accusant les artistes modernes d’être des imposteurs, et que seuls les plus anciens méritent d’être reconnus ? Cela ferait écho aux dessins refaits sur des originaux inestimables de Goya… d’autant plus que l’objectif des frères Chapman est d’atteindre une valeur artistique nulle.

   Au-delà de notre société, c’est l’Humanité toute entière qui est représentée dans cette œuvre, au travers des zombies à tête de cochon dévorant les cadavres humains. Le porc est bien connu pour être un des animaux les plus proches de l’Homme, biologiquement parlant. Et ici, il s’agît bien de cannibalisme, et d’un rappel de notre nature. La présence de ces animaux ne peut nous empêcher de repenser à la « boucherie héroïque » de Voltaire. Les nazis, dont les actes représentés ne sont pas loin de la triste réalité non plus. Ici, une tortue tire un train envahi de cadavres SS ambulants. Elle représente le temps. Elle nous représente nous, aussi, traînant nos morts et nos fautes, un squelette sur sa carapace, comme la Mort qui se joue de nous.

   Il faut voir dans cette œuvre un symbole anti-humaniste fort : plus rien ne permet de croire en l’homme ni d’être optimiste. Rien que du matérialisme. Voltaire aurait-il été d’accord avec cette vision de sa boucherie ?

   Ces scènes de jeu sur la plage, ces montages et ces décors qui rappellent aussi les films d’aventure comme Indiana Jones, et ce radeau qui rappelle le célèbre radeau de Géricault. L’aspect général du Jardin des Délices de Jérôme Bosch est tout à fait comparable à Fucking Hell. Finalement, rien n’échappe aux enfants terribles, tout ce que l’humanité a fait de plus beau est tourné au ridicule. La démarche n’est pas seulement morale, elle est aussi politique.

pinault-venise-L-1Un pied de nez à l’industrie culturelle

     L’échelle fortement réduite, le nombre incalculable de personnages… c’est ça, l’industrie culturelle d’aujourd’hui, monstrueuse et perverse. On ne reste pas indifférent face à cette œuvre. Mais le gore omniprésent ? L’horreur qui émane des corps ? La taille réduite minimise tout. L’aspect ludique aussi. Cela fait partie de ce que l’humanité est capable d’absorber, tout comme les atrocités nazies minimisées parce que « ce n’étaient que des juifs ». Cela nous renvoie à notre propre état d’occidentaux : les images véhiculées tous les jours par l’industrie culturelle, la nôtre (celle du jeu vidéo ou du cinéma par exemple) ne nous heurtent même plus alors que la presse s’efforce (et encore…) de nous faire réagir sur la réalité des guerre en Bosnie, en Syrie, au Mali, au Rwanda. Les frères Chapman rendent (sciemment) supportable l’insupportable, tout comme la société. La différence, c’est qu’elle le nie à grands coups d’esthétique et de valeur historique. Mais les enfants terribles s’interrogent, comme le héros de Apocalypse Now, comment l’humanité a pu devenir aussi barbare.

   Les frères Chapman ne manquent pas d’humour (noir) et s’attaquent aux tabous du passé pour mieux s’attaquer au présent, qui fait de la culture un fruit de spéculation. Leur démarche : la fétichisation du trash, et, en quelque sorte, un memento mori qui nous ne rappelle pas seulement la relativité de notre existence, mais aussi l’inhérence de notre barbarie.

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