Le triptyque des Ardents – Grünewald – 1512

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La Crucifixion - Matthias Grünewald - 1512 - musée Unterlinden de Colmar

La Crucifixion – Matthias Grünewald – 1512 – musée Unterlinden de Colmar

Le retable d’Issenheim

Le retable d’Issenheim, ou retable des Ardents, est commandé par l’abbaye des Antonins à deux artistes : Grünewald et Nicolas de Hagenau. Ce retable est conçu pour permettre trois représentations : deux d’entre elles sont entièrement peintes, la dernière mélange peinture et sculpture.

Lorsqu’il est totalement ouvert, le retable est constitué d’une ensemble sculpté. La prédelle montre les douze apôtres, tandis que le Christ est placé au centre. La partie centrale représente Saint Antonin entouré d’un paysan et d’un bourgeois. À sa gauche, Saint Augustin, à sa droite, Saint Jérôme ; deux saints qui servaient de modèles aux antonins. Deux panneaux peints venaient s’ajouter, l’un représentant la visite de Saint Antoine à Saint Paul, l’autre les tentations de Saint Jérôme dans le désert.

Sur la seconde ouverture du retable, de très nombreux personnages sont représentés. Au centre, une scène de Nativité accompagné d’une représentation de l’Enfer et des créatures qui y règnent, sur les volets latéraux, les scènes de l’Annonciation et de la Résurrection.

Ces scènes étaient rarement visibles pour le public ; elles n’étaient révélées que lors d’occasions particulièrement spéciales. C’était le retable une fois fermé qui était le plus souvent présenté, malgré la terrifiante représentation de la mort du Christ qu’avait choisi d’y représenter le peintre.

La mise en scène de la mort du Christ

La représentation du Christ est ici d’un dépouillement extrême : aucun décor, très peu de profondeur et seulement cinq personnages en dehors du Christ. Tout vise à mettre en valeur la croix et celui qu’elle supporte ; toute la construction est basée sur le personnage central.

schéma de la construction de la crucifixion dans le triptyque des Ardents

À la gauche de l’image, Jean l’Evangéliste soutient Marie, qui ne peut supporter la vision de son fils sur la croix. Agenouillée à leurs côtés, Sainte Marie-Madeleine lève les mains au ciel en un dernier geste de supplication. C’est sa présence qui permet de justifier celle de Saint Jean-Baptiste, de l’autre coté de la croix. En effet, celui-ci est supposé avoir été décapité plusieurs années avant que le Christ n’ai été crucifié, ce qui rend sa présence impossible. Néanmoins, puisque Marie-Madeleine assiste la première à la résurrection du Christ, Jean-Baptiste, qui est celui qui a annoncé sa venue, doit être présent afin d’encadrer la vie terrestre du Christ.

Saint Jean-Baptiste désigne la croix de sa main droite. Il tient dans la main gauche l’Ancien Testament, et la phrase latine « il faut qu’il croisse et que je diminue » (« Illum oportet crescudere me autem minui ») est inscrite entre son bras et sa tête. La présence de Saint Jean l’Evangeliste, symbole du Nouveau Testament, répond à celle de Saint Jean-Baptiste.

L’agneau sacrifié, qui symbolise le Christ payant pour tout les péchés du monde, est placé aux pieds de Saint Jean-Baptiste. Son sang se déverse dans un calice, pour rappeler que le sang du Christ est bu lors des messes et des cérémonies.

Une anatomie révélatrice

L’abbaye des Antonins accueillait dans son hôpital de nombreux malades atteints d’une maladie provoquée par l’ergot de seigle. Cette maladie provoquait en premier lieu d’intenses sensations de brûlures dans les pieds et les mains avant que les membres ne se gangrènent et ne provoquent la mort. Le « mal des Ardents », c’est ainsi qu’il était surnommé, faisait de terribles ravages aux XVIème siècle, tout comme la peste noire, dont les victimes étaient également accueillies dans l’abbaye de Saint Antoine.

Grünewald, de son vrai nom Mathis Gothart Nithart, choisit d’adapter sa représentation de la crucifixion, c’est à dire la partie du triptyque la plus souvent visible, aux souffrances des malades de l’abbaye. Certains étaient saisis d’horreur devant le corps du Christ sur la croix, d’autres y voyaient un reflet de leurs propres souffrances, mais tous espéraient, en voyant l’oeuvre, s’attirer la bienveillance de Saint Antoine, qui pouvait décider de leur guérison.

Le corps du Christ est donc particulièrement important : il est représenté au moment même de sa mort, alors qu’il prend sur lui tous les pêchés des humains. Pour les malades, il est important de pouvoir se retrouver dans cette vision du Christ.

La position dans laquelle le corps du Christ est placé est particulièrement évocatrice : la tête est abandonnée sur l’épaule, les mains sont crispées, les pieds déformés par les clous, la peau déchirée par les épines, les bras démesurément étirés… Le corps du Christ est déformé afin d’être le plus expressif possible, mais aussi dans un certain souci de réalisme. Les bras sont longs, les épaules disloquées, les lèvres bleuies par l’asphyxie, les pieds brisés par les clous, les mains crispées dans un dernier soubresaut. Ce corps cherche, par tout les moyens, à nous montrer les souffrances du Christ.

La flagellation a laissé des traces de griffures et des échardes dans la peau : les écorchures rouges tranchent avec la carnation générale de la peau. De même, le sang s’écoulant de la blessure au flanc droit du Christ est particulièrement visible. Le perizonium qui cache le sexe du Christ est déchiré, et semble presque sur le point de tomber tant il est abîmé. L’expression du visage est très marquante et montre très bien que la vie vient juste de quitter le corps du Christ.

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