L’histoire de la crucifixion

Par défaut

Le crucifiement, une méthode d’éxécution

Synonyme de crucifixion, le crucifiement consiste à attacher un individu sur une croix ou un arbre, afin de torturer le crucifié voire d’en provoquer la mort. Le crucifiement est une méthode d’exécution particulièrement horrible chargée d’une lourde signification.

A) Une histoire

Le crucifiement était un supplice en pratique chez les peuples Celtes, Phéniciens ou Perses, mais ce sont les Romains, qui, ayant repris l’idée, lui ont donné une autre envergure, avant de choisir de l’interdire.

Pour les Romains, crucifier un individu est un acte particulièrement négativement connoté et humiliant. En effet, ce supplice était réservé aux esclaves, aux pires brigands et aux pirates, ainsi qu’à tout ceux qui n’avaient pas la citoyenneté romaine. C’est pourquoi, lors de la révolte des esclaves guidés par Spartacus, personne n’hésita à crucifier plus de 6000 esclaves le long de la via Appia, avant de les transformer en torche afin d’éclairer le chemin. Un exemple, des représailles, un moyen de répression, une menace à destination de tout les esclaves.

Vers 320, l’empereur Constantin, ayant eu une révélation, choisit de se convertir au christianisme et interdit le crucifiement par respect pour les souffrances du Christ. Du fait de cette conversion, la majeure partie des persécutions dont les chrétiens étaient victimes ont cessées.

B) Un rituel codifié

Un crucifiement peut prendre plusieurs forme, mais le condamné est toujours placé en hauteur, de façon à ce que la majeur partie de son poids repose sur les bras. Les crucifiements primitifs utilisaient des arbres en lieu et place de croix.

Il existe trois formes de croix, qui ont chacune une forme particulière. La crux comissa est en forme de T, la crux decussata est en forme de X et finalement la crux imissa, qui est celle sur laquelle le Christ est le plus souvent rerésenté.

Les crux comissa et immissa sont toutes deux constituées d’un stipe, un pieu planté verticalement dans le sol, et d’un patibulum, c’est à dire une poutre attachée en hauteur perpendiculairement au stipe. On ajoutait souvent un titulus, un panneau sur lequel était inscrit la faute qu’avait commise le crucifié.

Un crucifiement ne se faisait pas sans un rituel qui visait à mettre en garde le reste des esclaves, potentiellement susceptible de commettre un crime. L’objectif était donc de montrer les souffrances des condamnés, si possible à travers toute la ville. Le futur crucifié parcourait donc les rues, chargé selon les cas de sa croix entier, ou uniquement du patibulum. De ce passage est né l’adjectif patibulaire, qui désigne un individu n’inspirant pas la confiance, et étant donc susceptible d’avoir à porter un patibulum. Le crucifié peut ou non avoir été flagellé afin d’être préparé à son supplice. Le mis à mort atteint ensuite un lieu à l’écart de la ville, si possible en hauteur.

Ce n’est qu’au moment où la croix est mise en place que commence réellement le crucifiement. Le supplicié est laissé agonisant, à la vue de tous. Si les bourreaux étaient pris de pitié, ils pouvaient, à l’aide d’un crurifragium, briser les jambes du mourant, ce qui avait pour effet d’accélerer la mort.

Un crucifié mettait entre 10 minutes et plusieurs heures pour mourir, selon les comptes-rendus d’expériences menées par les nazis dans les camps de concentration. Ils donnent également les raisons de la mort : la suffocation. Le crucifié, en s’appuyant sur ses jambes, peut éviter de mourir, du moins tout pendant que cette position ne provoque pas de crampes.

D) Quelques variantes

Au Japon, existait une forme de crucifiement, un peu différente du modèle romain. En effet, le supplicié était placé sur un cadre en bois, et non pas sur une croix ou un arbre. Après l’arrivée des chrétiens, les japonais utilisèrent la croix dans deux pratiques particulières.

Le haristuke est une crucifiement classique, mais le mistuharitsuke place le crucifié la tête vers le bas, sur plage, de façon à ce que la marée l’empêche de respirer lorsqu’elle est haute, puis lui permette de respirer en descendant. Une torture qui pouvait durer plusieurs jours…

Publicités

Les trois types de Christ

Par défaut

Les Christus triumphans

crucifix de l'école ombrienne - anonyme - vers 1100

crucifix de l’école ombrienne – anonyme – vers 1100

Les Christus triumphans, ou Christ triomphant, sont les premiers type de représentation du Christ sur la croix. Ils apparaissent au 5ème siècle après J.-C.et témoignent de l’évolution de la considération du supplice du Christ. En effet, adorer une personne ayant été crucifiée paraissait dégradant pour la population de l’époque, tant ce supplice était porteur d’une connotation négative et indécente. Les chrétiens étaient souvent rejetés par le reste de la population et leur religion stigmatisées.

Les seuls personnes méritant la crucifixion étaient les pires criminels et les esclaves réprimandés par leurs maîtres, c’est pourquoi les christus triumphans montrent le Christ uniquement en tant que fils de Dieu, et non pas en tant qu’humain pour le différencier des autres crucifiés.

Le Christ n’est pas encore mort lorsqu’on le représente, et reste très digne durant la torture qui lui est infligée. Le regard du Christ est levé vers le ciel, comme pour interroger Dieu sur les raisons de son supplice, mais il ne semble pas souffrir. Son visage n’exprime pas la douleur, mais au contraire une indifférence marquée envers les souffrances physiques que ses plaies sanguinolentes montrent. Son corps est droit et ses yeux toujours ouverts.

Les Christus patiens

Au 10ème siècle apparaît une nouvelle façon de représenter le Christ sur la croix. Il est davantage

crucifixion - maestro bizantino del crocifisso di Pisa

crucifixion – maestro bizantino del crocifisso di Pisa

humanisé et représenté très proche de l’instant de sa mort. Son visage est résigné mais marqué par la douleur que suscite ses plaies. Il est émacié, ses yeux sont fermé et son corps affaissé. Les plaies sont saignantes, et montrent bien combien le supplice qu’il endure était douloureux.

Ce type de Christ est davantage empathique, et doit parler aux chrétiens : il véhicule un message beaucoup plus humain, et montre le Christ bien plus proche des croyants et non plus divinisé comme c’était le cas auparavant.

Les Christus dolens

crucifix - mestro di san francesco

crucifix – mestro di san francesco

Les Christus dolens sont les derniers types de représentation du Christ clairement définis. À partir de la Renaissance, il devient en effet possible de représenter le Christ mort. Le but est d’humaniser au maximum la figure du Christ, et de le rendre aussi proche que possible des croyants, afin qu’ils puissent s’identifier à leur Sauveur.

Le corps du Christ, privé de toute vie, est donc abandonné sur la croix, sans aucune tenue. La tête repose sur l’épaule, les yeux sont généralement fermés ou énucléés, la bouche figée dans un dernier cri de douleur. Les blessures que porte le Christ aux mains, aux pieds et au flanc saignent encore. La crucifixion représente le moment où il quitte son corps pour devenir un esprit. Il cesse d’être un homme au moment ou il meurt, et son corps peut donc exprimer une douleur très humaine.

Compte rendu d’un documentaire

Par défaut

La crucifixion : le scandale sacré

Le crucifiement est un supplice particulièrement douloureux et humiliant que les Romains infligent aux pires criminels. Ce genre de torture, empruntés aux Perses et aux Phéniciens correspondait, ches les romains, à la peine infligée aux esclaves désobeissants par leur maîtres ou aux condamnés à mort n’ayant pas la citoyenneté romaine.

Le Christ, condamné à mort, subira ce châtiment, qui prend alors le nom de crucifixion. L’horreur communément associée à cette forme de mise à mort explique deux choses : le rejet de la religion chrétienne par les autres populations, ainsi que l’absence totale de détails pratiques concernant crucifixion dans les textes religieux.

graffiti d'Alaxamenos - colline du Palatin - IIème siècle

graffiti d’Alaxamenos – colline du Palatin – IIème siècle

Le graffiti d’Alexamenos, daté du IIème sièce aprés J.-C. représente Jésus sur la croix mais sa tête est celle d’un âne, tandis qu’un autre homme, Alexamenos, prie à sa gauche. La légende, moqueuse, signifie « Alexamenos rend un culte à son Dieu ». En effet, il paraissait impossible à cette époque d’adorer un dieu qui aurait subi l’humiliation du supplice du crucifiement. C’est pour cette raison que les premières réelles représentations de la crucifixion datent environ du IVème siècle, notamment avec la porte de la basilique Sainte Sabine de Rome.

Représentation de la crucifixion - portail de la basilique Sainte Sabine de Rome - Vème siècle

Représentation de la crucifixion – portail de la basilique Sainte Sabine de Rome – Vème siècle

Par la suite, l’art religieux s’empare de cette scène, et en établit des codes assez préci selon les époques : les premiers Christ sur la croix étaient triomphants, ne semblent pas souffrir, les suivants ressentent la douleur, mais l’acceptent, tandis que les derniers sont davantage humains, et montrent leurs souffrances. À partir du Xième siècle, les artistes quittent ce genre de codes, et les codes de la représentation de la crucifixion suit les courants artistiques.

Vers la fin du XIXème siècle apparaissent les premières représentations blasphématoires de la crucifixion : le Christ n’est plus seulement un symbole religieux, mais aussi un objet que l’on peut réinterpréter. Après les deux guerres mondiales du XXème siècle, le Christ devient souvent la représentation de toutes les victimes, notamment celles de la Shoa.

Néanmoins, l’image de la crucifixion, censée susciter de la compassion envers les souffrances endurées par le Christ au nom de tout les humains, et aujourd’hui banalisée, et devient un objet de

Pietà - Paul Fryer - 2007

Pietà – Paul Fryer – 2007

commerce et de mode. Paul Fryer, un artiste contemporain, cherche à rappeler cette douleur en utilisant des façons de tuer actuelles telle que la chaise électrique. Il montre le corps torturé du Christ, et tire son inspiration du retable d’Issenheim, peint par Matthias Grünewald au XVIème siècle.

Documentaire regardé sur Arte

Immersion(Piss Christ) – Andres Serrano – 1987

Par défaut
Andres Serrano - 1987 - 59,7x40,6

Andres Serrano – 1987 – 59,7×40,6

Cette image est une photographie représentant un Christ sur la croix baignant dans une atmophère ambrée. La croix est vue en légére contre-plongée, de trois quart gauche. Elle est éclairée par une lumière provenant du coin supérieur droit de l’image. Cette lumière, assez particulière, traverse toute la photographie.

Cette photographie a été prise en 1987 par Andres Serrano. Elle appartient une série dans laquelle cet artiste rassemble de nombreuses photographies utilisant les fluides corporels en tant que matière artistique. Cette photographie ne fait pas exception ; son titre, explicite, en donne toutes les composantes : Immersion(Piss Christ). Un titre que l’auteur a voulu clair, afin de décrire l’oeuvre sans ambiguïté. Mais associer le Christ et le mot « pisse » n’a rien d’anodin, est n’est pas passé inaperçu. Une très vive polémique entoure en effet l’oeuvre, qui provoque encore aujourd’hui de nombreux débats.

Andres Serrano à plongé un petit crucifix dans un verre rempli de sa propre urine et de son propre sang. L’artiste a lié une représentation classique du Christ à un fluide corporel bassement humain ; une association souvent qualifiée de blasphématoire par de nombreux chrétiens, qui jugent cette image inaceptable. À chaque fois que la photographie est exposée, les débats sont ravivés, et deux tirages de Immersion(Piss Christ) ont même été irrémédiablement endommagés. Lors de son exposition à Avignon en 2011, Immersion(Piss Christ) avait été gravement vandalisée, et sa présence dans l’exposition « Je crois aux miracles » avait provoqué de très grandes manifestations d’opposition de groupes majoritairement religeux proches de l’extrême droite. Plus encore que l’image en elle-même, c’est le titre qui choque : les accusations de blasphèmes viennent de la relation très étroite entre la pisse et le Christ établie dans la formulation du titre. Le débat a atteint son paroxisme lorsque l’oeuvre a été dégradée à coup de marteaux, ce qui a provoqué d’autres reactions encore plus vives.

Pourtant, le message qu’Andres Serrano cherchait à communiquer et très loin de l’idée de blasphème dont il constamment accusé. Ayant lui-même été élevé dans un milieu chrétien très strict, le regard qu’il pose sur la religion est très particulier. La série de photographies The Church, datant de 1985, représente le milieu de la religion chrétienne à travers les portraits de prêtres ou de nonnes, mais aussi grace au décors d’églises ou d’instruments en relation avec la pratique du culte chrétien. Cette série explore une partie de la population que leur choix de vie place souvent en marge de la société. Cela témoigne du respect et de la fascination d’Andres Serrano pour la religion chrétienne et rend les accusations dont Immersion(Piss Christ) beaucoup moins crédibles.

Par ailleurs, Andres Serrano s’est expliqué du titre de son oeuvre : il s’agissait pour lui de décrire la réalité de sa photographie, non pas de choquer son public (encore moins de blesser les chrétiens, qui pourtant se sont dit heurtés par l’oeuvre). Bien sur, il avait conscience que le titre de son oeuvre pouvait être mal interprêté, mais il devait servir à faire apparaître le vrai message de son travail : dénnoncer l’industrialisation du Christ en tant qu’objet de consommation. Il le dit lui-même lorsqu’il parle de son travail, le crucifix est un objet qu’il considère comme banal aux Etats-Unis. Un objet, non plus un symbole, que l’on utilise dans la mode ou comme moyen de montrer son appartenance à un groupe, sans plus porter attention à la réelle signification du crucifix, et a ce qu’il représente. Andres Serrano veut peut-être rappeler à quel point le supplice de la crucifixion est horrible et infamant. En effet, en plongeant ce crucifix dans l’urine en respectant les codes classiques de la représentation de la crucifixion, il rapproche le supplice du Christ d’un liquide plein de connotations négatives.

Le scandale lié à cette oeuvre est injustifié. Andres Serrano cherche juste à travers cette représentation du christ mort à dénoncer la société de consommation. Il utilise un objet devenu banal pour sa critique. Et ce n’est après tout qu’une représentation et pas le véritable corps du christ.

Le triptyque des Ardents – Grünewald – 1512

Par défaut
La Crucifixion - Matthias Grünewald - 1512 - musée Unterlinden de Colmar

La Crucifixion – Matthias Grünewald – 1512 – musée Unterlinden de Colmar

Le retable d’Issenheim

Le retable d’Issenheim, ou retable des Ardents, est commandé par l’abbaye des Antonins à deux artistes : Grünewald et Nicolas de Hagenau. Ce retable est conçu pour permettre trois représentations : deux d’entre elles sont entièrement peintes, la dernière mélange peinture et sculpture.

Lorsqu’il est totalement ouvert, le retable est constitué d’une ensemble sculpté. La prédelle montre les douze apôtres, tandis que le Christ est placé au centre. La partie centrale représente Saint Antonin entouré d’un paysan et d’un bourgeois. À sa gauche, Saint Augustin, à sa droite, Saint Jérôme ; deux saints qui servaient de modèles aux antonins. Deux panneaux peints venaient s’ajouter, l’un représentant la visite de Saint Antoine à Saint Paul, l’autre les tentations de Saint Jérôme dans le désert.

Sur la seconde ouverture du retable, de très nombreux personnages sont représentés. Au centre, une scène de Nativité accompagné d’une représentation de l’Enfer et des créatures qui y règnent, sur les volets latéraux, les scènes de l’Annonciation et de la Résurrection.

Ces scènes étaient rarement visibles pour le public ; elles n’étaient révélées que lors d’occasions particulièrement spéciales. C’était le retable une fois fermé qui était le plus souvent présenté, malgré la terrifiante représentation de la mort du Christ qu’avait choisi d’y représenter le peintre.

La mise en scène de la mort du Christ

La représentation du Christ est ici d’un dépouillement extrême : aucun décor, très peu de profondeur et seulement cinq personnages en dehors du Christ. Tout vise à mettre en valeur la croix et celui qu’elle supporte ; toute la construction est basée sur le personnage central.

schéma de la construction de la crucifixion dans le triptyque des Ardents

À la gauche de l’image, Jean l’Evangéliste soutient Marie, qui ne peut supporter la vision de son fils sur la croix. Agenouillée à leurs côtés, Sainte Marie-Madeleine lève les mains au ciel en un dernier geste de supplication. C’est sa présence qui permet de justifier celle de Saint Jean-Baptiste, de l’autre coté de la croix. En effet, celui-ci est supposé avoir été décapité plusieurs années avant que le Christ n’ai été crucifié, ce qui rend sa présence impossible. Néanmoins, puisque Marie-Madeleine assiste la première à la résurrection du Christ, Jean-Baptiste, qui est celui qui a annoncé sa venue, doit être présent afin d’encadrer la vie terrestre du Christ.

Saint Jean-Baptiste désigne la croix de sa main droite. Il tient dans la main gauche l’Ancien Testament, et la phrase latine « il faut qu’il croisse et que je diminue » (« Illum oportet crescudere me autem minui ») est inscrite entre son bras et sa tête. La présence de Saint Jean l’Evangeliste, symbole du Nouveau Testament, répond à celle de Saint Jean-Baptiste.

L’agneau sacrifié, qui symbolise le Christ payant pour tout les péchés du monde, est placé aux pieds de Saint Jean-Baptiste. Son sang se déverse dans un calice, pour rappeler que le sang du Christ est bu lors des messes et des cérémonies.

Une anatomie révélatrice

L’abbaye des Antonins accueillait dans son hôpital de nombreux malades atteints d’une maladie provoquée par l’ergot de seigle. Cette maladie provoquait en premier lieu d’intenses sensations de brûlures dans les pieds et les mains avant que les membres ne se gangrènent et ne provoquent la mort. Le « mal des Ardents », c’est ainsi qu’il était surnommé, faisait de terribles ravages aux XVIème siècle, tout comme la peste noire, dont les victimes étaient également accueillies dans l’abbaye de Saint Antoine.

Grünewald, de son vrai nom Mathis Gothart Nithart, choisit d’adapter sa représentation de la crucifixion, c’est à dire la partie du triptyque la plus souvent visible, aux souffrances des malades de l’abbaye. Certains étaient saisis d’horreur devant le corps du Christ sur la croix, d’autres y voyaient un reflet de leurs propres souffrances, mais tous espéraient, en voyant l’oeuvre, s’attirer la bienveillance de Saint Antoine, qui pouvait décider de leur guérison.

Le corps du Christ est donc particulièrement important : il est représenté au moment même de sa mort, alors qu’il prend sur lui tous les pêchés des humains. Pour les malades, il est important de pouvoir se retrouver dans cette vision du Christ.

La position dans laquelle le corps du Christ est placé est particulièrement évocatrice : la tête est abandonnée sur l’épaule, les mains sont crispées, les pieds déformés par les clous, la peau déchirée par les épines, les bras démesurément étirés… Le corps du Christ est déformé afin d’être le plus expressif possible, mais aussi dans un certain souci de réalisme. Les bras sont longs, les épaules disloquées, les lèvres bleuies par l’asphyxie, les pieds brisés par les clous, les mains crispées dans un dernier soubresaut. Ce corps cherche, par tout les moyens, à nous montrer les souffrances du Christ.

La flagellation a laissé des traces de griffures et des échardes dans la peau : les écorchures rouges tranchent avec la carnation générale de la peau. De même, le sang s’écoulant de la blessure au flanc droit du Christ est particulièrement visible. Le perizonium qui cache le sexe du Christ est déchiré, et semble presque sur le point de tomber tant il est abîmé. L’expression du visage est très marquante et montre très bien que la vie vient juste de quitter le corps du Christ.

Le Christ Mort – Hans Holbein le Jeune – 1521

Par défaut
 Le Christ mort au tombeau – Hans Holbein, dit Le Jeune – 1521 – huile sur panneau – 0,3x2 – Kunstmuseum de Bâle

Le Christ mort au tombeau – Hans Holbein, dit Le Jeune – 1521 – huile sur panneau – 0,3×2 – Kunstmuseum de Bâle

L’oeuvre dans son ensemble

   Le Christ mort au tombeau, également appelé Le corps du Christ mort au tombeau est une oeuvre de Hans Holbein le Jeune peinte en 1521 et actuellement conservée au musée d’art de Bâle, en Suisse. D’un format paysage orienté horizontalement, cette œuvre mesure 30 centimètres de hauteur sur 2 mètres de longueur. Ce format assez peu commun montre que l’œuvre était initialement prévue pour être la prédelle d’un triptyque. Le corps d’un homme est représenté de façon réaliste depuis la tête jusqu’aux pieds. Le spectateur observe le profil droit du corps, la tête étant placée à droite du panneau et les pieds à gauche. L’homme repose sur un drap blanc, légèrement plissé, entièrement nu en dehors d’un léger tissu blanc dissimulant son sexe.

Le corps semble particulièrement musclé ; Hans Holbein a pris soin de marquer une musculature assez importante, notamment sur les bras et les jambes. La carnation est plutôt pâle, mis à part sur les mains, les pieds et le visage de l’homme. L’arrière plan, d’un brun clair, semble très proche du corps, ce qui permet de mieux faire ressortir les teintes beiges du corps.

La composition du tableau confronte brutalement le spectateur à l’aspect du corps. En effet, l’espace est majoritairement occupé par le cadavre, le reste de l’œuvre étant constitué presque exclusivement de deux couleurs : le brun clair, et un brun très sombre proche du noir. Le corps est placé dans un espace très réduit dans lequel le regard du spectateur ne peut pas se perdre. La main droite, qui permet d’identifier le personnage représenté au premier coup d’œil, se détache sur le tissu blanc qui dissimule sa nudité, et est placée au milieu du tableau : elle ne peut donc pas échapper au spectateur. Les pieds, qui, comme la main, permettent d’identifier le corps, ressortent également sur un fond noir. Le visage, particulièrement expressif, est effrayant par la souffrance qui semble en émaner.

 L’aspect d’un corps en décomposition

   Certaines caractéristiques de ce corps le désignent comme celui d’un homme mort, et ce depuis un certain temps. La tête, les pieds et la main sont bleuis, les blessures ne saignent plus. La tête est abandonnée, les yeux, entre-ouverts, presque retournés, semblent vides de toute vie.

Les blessures de ce corps sont celles communément associées aux stigmates du Christ. Les mains et les pieds transpercés de clous, le flanc percé d’une lance : ce sont les marques de son supplice sur la croix. Dans ce tableau, Holbein tire parti du format caractéristique d’une prédelle pour recréer l’espace du tombeau dans lequel le Christ est supposé être enseveli. Le Christ repose sur le fond dur de son tombeau, la présence du drap blanc ne parvenant pas à en atténuer la dureté.

Holbein choisit de représenter le corps du Christ comme celui d’un homme athlétique, mais à la différence du corps victorieux que représentera Michel-Ange dans Le Jugement Dernier qu’il peint pour la chapelle Sixtine (1546/1556), celui-ci est émacié, très proche d’un corps réel. Il est même possible que Holbein ait pris pour modèle le corps d’un réel crucifié, afin d’y trouver tout les détails qui rendent son œuvre autant réaliste.

L’aspect de la mort est rendu jusque dans les moindres détails. Les doigts de la main droite sont crispés,la blessure qui marque le dos de la main montre la chair détruite, de la même façon que sur les pieds. Le visage est émacié, la peau bleuie, presque verdâtre. Holbein peint jusqu’aux ongles du Christ, et n’hésite pas à attirer le regard du spectateur vers les détails les plus morbides, qu’il peint avec la plus grande précision.

Les réaction suscitées

   Le Christ de Holbein est terrifiant par le réalisme du corps mort.

Le Christ est supposé ressusciter trois jours après avoir succombé sur la croix, mais l’état du corps représenté par Holbein empêche cette possibilité : voire un tel corps se lever et marcher serait uniquement horrible. Le peintre ne présente que la vision d’un Christ mort, et ne laisse rien supposer de la résurrection.

La précision avec laquelle sont peint les stigmates et le visage du Christ invite le spectateur à scruter sans discrétion le corps d’un homme qui n’a plus rien de divin. Cette précision évoque sans concession les souffrances que le Christ a éprouvé sur la croix. L’espace étouffant du tombeau ne laisse aucune échappatoire, ni pour le regard du Christ ni pour celui du spectateur, qui se retrouve placé en position de voyeur.

Dostoïevski, en voyant cette œuvre à Bâle, trois siècles plus tard, dira « Ce tableau peut faire perdre la foi. », tellement il avait été marqué par l’aspect du corps du Christ de Holbein.

 Inspiration

   Le retable d’Issenheim, qui présente un corps du Christ marqué par toutes les tortures qu’il a subies, a inspiré Holbein pour son tableau.

Otto Dix utilisera le même concept de prédelle-tombeau dans son triptyque La Guerre.